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Le logement social au service de la politique urbaine

Le Foyer Namurois fut fondé dans la foulée des nombreuses sociétés de logement social suscitées par la loi de 1921.

Son objectif : créer des logements à faibles revenus sur le territoire de la ville de Namur.

A la différence des corons et cités ouvrières nées dans les environs des complexes industriels sous l’impulsion des patrons «  sociaux » du siècle dernier, la création d’une société de logement social était une initiative publique locale, encouragée par l’état et à laquelle s’associaient des souscripteurs privés.

Ceux-ci n’étaient généralement pas loin des milieux politiques mais préféraient apparaître à titre personnel. C’est ainsi que les fondateurs du Foyer Namurois furent :

    • Pour la ville de Namur : les échevins Fernand GOLENVAUX et Fernand Mathieu. Ainsi que les conseillers communaux Alphonse DELONNAY, Eddouard RONVAUX et Jule TOUSSAINT ;
    • Pour les Hospices civils et le bureau de bienfaisance ( auxquels a succédé le C.P.A.S ) : Léon LESPINEUX et Léon TROUSSE ;
    • Pour la Province : M. Louis HUART, conseiller provincial ;
    • Pour l’état belge : M. Nestor BRESMAL, receveur des Actes civil à Namur ;
    • Pour les souscripteurs privés : MM. Théophile DETHY , Fernand PENIN , Léon JEANMART , Maurice SERVAIS , Jule COURTOY et Henri BRIBOSIA.

L'ère des habitations "à bon marché"

Le Foyer Namurois se donna comme premier président le sénateur Fernand Golenvaux, à l'époque échevin des travaux publics. Ce grand rénovateur de l'urbanisme namurois était un sage gestionnaire. "C'est lui déclare Albert Servais dans son discours du 50ème anniveraire, qui insuffla à notre société ce souci de saine gestion qui l'a toujours caractérisée."

Au début, le Foyer Namurois construisit exclusivement des maisons unifamiliales en vue de les revendre aussitôt aux familles ouvrières. C’est ainsi que furent construites et vendues, en 1924, une première série de 17 maisons rue Charles Wérotte à Salzinnes, suivies bientôt d’une deuxième série dans la même rue en 1928. Un troisième groupe de 18 maisons spécialement destinées aux familles nombreuses furent construites et vendues en 1931 dans le quartier du Pied Noir à l’époque en pleine expansion.

Si l’architecte Paul Siffete fit à cette occasion preuve de désintéressement en dressant les plans gracieusement, tout le monde ne vit pas d’un bon œil cette opération dite sociale. Albert Servais raconte qu’à cette occasion le Foyer Namurois eut à soutenir un procès contre un notable de la commune de Bouge, proche du quartier du Pied Noir, qui l’avait assigné en paiement d’une somme de 100.000 francs à titre de dommages et intérêts, en réparation de la moins-value provoquée, à son estime, par la construction dans le voisinage de sa propriété, de maisons ouvrières. Et l’ancien président de conclure, non sans malice : « Le Foyer Namurois gagna son procès et eut ainsi le loisir de continuer son activité sans plus avoir à craindre qu’on ne l’accuse de … pollution sociale ! ».


La lutte contre les taudis

A la mort du premier président, son fils, Jules Golenvaux, lui succédera jusqu’en 1934, en attendant la désignation de celui qui allait jouer un rôle éminent dans le développement de la société comme dans celui de la ville : Maurice Servais, le nouvel échevin des travaux publics de Namur.

Bourreau du travail, obstiné, entreprenant, Maurice Servais occupa la fauteuil présidentiel pendant trente ans, de 1931 à sa mort, en 1961. Il se fit aider par le secrétaire communal Joseph Gillet.

En 1932, commence la grande crise économique. Le gouvernement et le conseil provincial, forcés de rogner sur les dépenses, renoncent à attribuer des primes aux candidats propriétaires des habitations à bon marché. La société est dès lors amenée à revoir sa politique et à se tourner vers la construction de maisons et d’immeubles destinés à la location.

Les premières constructions de ce type furent les 9 immeubles de 4 appartements érigés rue Del Marmol, à Salzinnes, sur des plans de l’architecte V.Bage.

Le Foyer Namurois devient alors l’auxiliaire efficace de la politique urbaine que mène avec ardeur l’échevin Maurice Servais avec les armes que l’Etat lui donne en accordant des primes pour acheter et démolir les immeubles déclarés insalubres et inaméliorables. C’est au nom de la lutte contre les taudis qu’est abattue une série de maisons de la rue des Brasseurs sur l’emplacement desquelles est érigé un premier immeuble de 25 appartements et 5 maisons, solennellement inauguré par sa Majesté le Roi Léopold III le 18 juillet 1939.

Brasseurs B

 

La guerre ne constitue qu’une parenthèse dans cette politique, reprise aussi-tôt la fin des combats proclamée, avec une ardeur d’autant plus redoublée que les destructions causés par les bombardements rendaient l’œuvre plus urgente.

Se succèdent alors de nombreux chantiers : chaussée de Charleroi (13 maisons) ; rue des Arbalétriers (6 appartements) ; rue des Noyers (1 maison) ; rue Jean Ciparisse (14 appartements et 4 maisons) ; rues de Bomel et d'Arquet (29 appartements) , ainsi que rue des Brasseurs (31 appartements en 1955, puis 25 en 1969).


Le rêve des grands ensembles

Il apparut cependant bien vite aux responsables que l’on ne pouvait pas se contenter de reconstruire sur les emplacements des taudis démolis, comme on l’avait entrepris rue des Brasseurs ou au pied de Bomel, ni même d’occuper quelques terrains libres achetés sur les flancs de la citadelle. Tout d’abord parce que la ville, qui connaissait un essor démographique important, faisait face à une demande de logements accrue.

Ensuite, parce que l’ambition des autorités communales n’était plus de construire dans le centre – ville, mais au contraire de lui donner de l’air ! Autour du confluent et de la place d’armes, ou les bombardements avaient fait des ravages, il s’agissait non de rebâtir le tissu dense des construction ancienne hérité de l’époque ou Namur était enserrée dans ses remparts, mais de créer des espaces libres et ouverts, l’exigeaient à la fois le développement de la circulation automobile, le souci d’embellir la ville pour attirer le touriste et la conviction que la taudification des immeubles était en grande partie le fruit d’une trop grande densité de la bâtisse.

Disparurent ainsi définitivement du paysage les rues populaires des moulin (en bordure de sambre), du grognon, de BRUNSWICK, des Tanneries…

Cette politique de construction hors ville sera menée avec diligence par Maurice Servais jusqu’en 1961, ensuite par Antoine Woitrin, qui lui succéda de 1961 à 1968.

De ce dernier, Albert Servais dit que «  sa présidence fut l’ère des grandes réalisations, car il su habilement exploiter les atouts que ses prédécesseurs avaient placés en ses mains, arrachant par sa ténacité cordiale, l’une après l’autre, les multiples autorisations, dérogations ou approbations indispensables à la réalisation des chantiers envisagés »

Le quartier des balances

Une occasion de tailler dans du drap neuf se présentait après guerre : le château et le parc des Balances étaient en vente.

D’une contenance d’un peu plus de 8 hectares, dans la pleine des Bas – Prés, il faisait l’affaire.

La ville l’acquit le 2 juin 1949 pour la somme de 6, 3 millions de francs.

Elle en revendit quelque 6 hectares au Foyer Namurois pour un montant de près de 12 millions de francs.

Des voiries aux noms évocateurs furent ouvertes : rue Château des Balances, rue des Charmilles, rue des Bosquets, rue Fontaine aux Prés .

Sur le reste de l’espace, il était prévu d’aménager une plaine de jeux pour enfants, un terrain de football, des terrains de basket, une plaine de vacances, ainsi qu’un centre communautaire rassemblant une église, une école gardienne, une bibliothèque, une maison des jeunes, des salles de réunion et de spectacles, et même une résidence pour personnes âgées avec restaurant .

Bref rien n’était trop beau aux yeux des édiles communaux de l’époque pour ce nouveau quartier de «  Namur – la – belle ».

Dès 1955, les 18 premiers appartements furent construits rue des Charmilles, sur des plans de l’architecte R. GAUL. Une dizaine d’années plus tard suivirent les premiers grands immeubles de la rue des Bosquets conçus par V. BAGE (42 appartements en 1961, et 56 en 1966) et ceux de la rue Antoine Woitrin, dessinés par A.MAIRY et G. HOUSIAUX (108 appartements en 1968 et 214 en 1972).

Il faudra ensuite attendre les années 80 pour voir se terminer le grand chantier de la rue des Bosquets, sur des plans de J. LACROIX et A. MAIRY (171 appartements en 1980, 18 maisons en 1981).

Quant aux équipements urbains, ils restèrent en grande partie à l’état de rêve : les terrain de sports furent sommairement aménagés, mais le centre communautaire ne sera jamais construit tel qu’imaginé au départ.

Bien plus tard, la ville érigera une maison des jeunes ainsi qu'un terrain multisports couvert. Un projet de plaine de jeux est également dans les cartons.

Du côté de Coquelet et Plomcot

A lire l’histoire du Foyer Namurois, on ressent l’impression que les responsables ont voulu pagayer un coup à droite, un coup à gauche. Ayant entrepris le quartier des Balances à l’ouest, ils s'attaquent à l’est du territoire communal.

La vente de l’ancien couvent de Coquelet par les sœurs bénédictines de Sainte Lioba, qui se replièrent sur le Champeau (église St-Albert), donna l’occasion d’acquérir un vaste terrain en promontoire au dessus de la vallée. Ce fut l’origine du complexe du « Bel Horizon », confié à l’architecte Schumacker (8 appartements en 1959, 78 en 1979).

Mais c’est surtout la mobilisation d’un terrain coincé entre le chemin de fer de Liège et la montagne de Bouge qui fut l’occasion d’un grand projet. Ce terrain était traversé par une ruelle , pompeusement appelée « avenue des Champs-Élysées » parce que s’y trouvait au début du siècle un établissement de plaisir qui portait cette enceigne. En la suivant, on arrivait à la chassée de Hannut, au pied des roches des Grands Malades qui avaient autrefois abrité une léproserie.

L’espace était abandonné.

La ville entreprit de coloniser cette friche. Dès 1954, elle y aménagea des voiries qui permirent au Foyer Namurois d’édifier une vingtaine de maisons, unifamiliales. Puis vint le projet de cité, qui prit corps dans les années 60 selon des plans de P. Tahon et Vermeren (36 appartements en 1965, 156 en 1975).

Cette cité, située au terminus d’une ligne d’autobus, sera dotée d’une école. Récemment, la Ville a entrepris d’y édifier un complexe sportif, avec l’aide de la Fondation Roi Baudouin.

On relèvera aussi que sur le chemin menant à Plomcot, boulevard d’Herbatte, le Foyer Namurois confia à l’architecte Ph. Arquin un complexe de 54 logements (24 appartements en 1978 et 30 en 1981)


L’ère de la rénovation urbaine

En 1968, Albert Servais avait succédé à Antoine Woitrin comme président. Les opérations de construction de logements sociaux sont nécessairement des œuvres de longue haleine, en raison des délais mis à l’obtention des indispensables subventions. Au nouveau président il revient donc de poursuivre et avec quel enthousiasme, la réalisation des grands chantiers qui viennent d’être décrits. En 1972, lors de la cérémonie du 50e anniversaire, il détaillait fièrement, maquettes à l’appui, devant M. Califice, secrétaire d’état à l’aménagement du territoire et au logement, les 380 logements à construire durant les quatre prochaines années, par comparaison aux 519 créés depuis la fondation de la société ; Il réclamait aussi des fonds pour l’équipement socioculturel des cités, pour lesquels aucun crédit n’était prévu.

Mais les temps avaient déjà changé. Sur le plan namurois tout d’abord. De plus en plus il apparaissait, en effet, que la ville n’était que le centre d’une agglomération qui se développait hors de son territoire communal. Jambes et Saint-Servais avaient de bien plus grandes possibilités d’expansion que le chef – lieu et ne se faisaient pas faute d’en profiter : les programmes de construction de leurs sociétés locales – le Foyer Jambois et la Joie du Foyer – étaient gigantesques. N’était – il pas sage de leur laisser l’initiative des grands ensembles, d’autant plus que l’on parlait de plus en plus de la fusion des communes, qui sera accomplie au 1er janvier 1977 ? La question était posée .

Sur le plan régional, les esprits aussi avaient évolué. La volonté du ministre Califice était de réorienter les subventions vers la réhabilitation du patrimoine « l’exemple de la réhabilitation de quartiers anciens dans les villes étrangèreq arrive à point pour nous convaincre qu’il doit être possible de rendre ces quartiers à la vie sans détruire ce qui fait leur caractère et leur charme » devait – il dire lors de la réception à l’Hôtel de Ville. Finies donc les opérations d’arasement des quartiers insalubres : il fallait prendre la truelle pour restaurer et réaménager ! Albert Servais perçut bien cette évolution et plaça la ville de Namur en mesure d’en profiter. Hélas, la législation sur le logement social ne permettait pas aux sociétés locales de sauter dans le train de la rénovation urbaine. Ce sera donc la régie foncière, qu’il dirigeait au titre d’échevin, entreprendre celle de la rue des Brasseurs, opération pilote en Wallonie.

Consolation : c’est à l’occasion de sa visite au foyer Namurois que le ministre Califice en fit l’annonce…


Quel avenir pour le Foyer Namurois ?

En 1980, la régionalisation entraîna un moratoire dans la construction des logements sociaux en Wallonie, ramenant les missions des sociétés locales à l’entretien du parc immobilier existant. Le Foyer Namurois chercha alors à améliorer sa rentabilité. Il entreprit la rénovation d’immeubles qui commençaient à faire date et qu’il était temps de pourvoir du confort requis aujourd’hui.

Depuis peu se dégagent quelques moyens, qui permettent des opérations mesurées : la construction d’un complexe de 26 appartements rue Jean – Baptiste Brabant, en bordure du périmètre des célestines en voie de rénovation ; un plus modeste encore, de 5 appartements, rue J.B. de Marne. Le patrimoine de la société comporte aujourd’hui 1052 logements qu’il faut gérer de manière efficace. Elle entend bien poursuivre sa mission. Après le décès d’Albert Servais, la présidence a été reprise par l’ancien échevin des finances Alex Geubelle. Le regard de ce dernier se porte aussi vers les constructions neuves, quitte à sortir du carcan du territoire communal. Déjà des accords ont été pris avec Floreffe et d’autres sont en négociation avec Profondeville. L’avenir du foyer Namurois semble ainsi se dessiner en tant que société d’utilité publique au service des pouvoirs locaux qui veulent faire appel à son expérience.

Une nouvelle orientation à prendre pour les vingt – cinq ans qui séparent la jubilaire de son centième anniversaire….

Pierre DULIEU
Supplément au Confluent N° 247
MAI 1997


Plus récemment...

Monsieur Jacques Etienne - ancien Bourgmestre de Namur - a présidé aux destinées du Foyer Namurois dans l'esprit volontariste de ses prédécesseurs et ce jusqu'en 2010.

L'heure est à la rénovation du patrimoine du Foyer Namurois. Celui-ci prend de l'âge. Ainsi, une partie importante de son patrimoine sera rénové entre 2005 et 2014 grâce aux subsides débloqués par la Région Wallone dans le cadre de son " Plan Exceptionnel d'Investissement".

La concrétisation à Profondeville de 7 splendides maisons unifamiliales et d'un bâtiment de 5 appartements construis dans un cadre de verdure exceptionnel ont diversifié le patrimoine de la société.

Depuis décembre 2010, la Présidence est exercée par l'Echevin Baudouin Sohier. Les priorités du moment se tournent vers la construction de près de 30 nouveaux logements inscrits dans le cadre des plans d'ancrages communaux 2010-2011 et 2012-2013 ainsi que vers la poursuite de l'amélioration et la rénovation des logements existants.

A moyen terme, avec le plan d'ancrage communal 2014-2016, c'est encore un peu plus de 50 logements qui sont projetés.